Parfois du recul fait du bien. On s'éloigne, on s'éloigne, de plus en plus, on respire un bon coup, puis on se lance en avant pour replonger, sans faire de plat, juste en fendant parfaitement l'eau. Du recul pour se rendre compte que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils prétendent être. Du recul pour comprendre que ce garçon aux dents blanches qui nous serre dans ses bras vaut peut-être moins que celui qui a de trop grands pieds et des oreilles décollées, malgré les apparences. Du recul pour réaliser que ces potes hilarants avec qui l'on se saoule le weekend et avec qui l'on se moque des gens sont peut-être moins des amis que cette fille un peu étrange plongée dans ses livres qui nous fait des sourires dans les couloirs. Du recul pour enfin cesser de tout prendre au sérieux, pour commencer à laisser le temps faire son travail. Laisser le temps nous débarrasser des gens qui n'en valent pas la peine, des rêves qui trainent et nous paralysent, des souvenirs qui nous brisent, des sourires qui restent accrochés et qu'on ne veut pas oublier, des étreintes qu'on aimait tellement qu'elles nous faisaient souffrir.
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Comprendre.. Vous n'avez que ce mot-là à la bouche, tous, depuis toujours. Il fallait comprendre qu'on ne doit pas jouer avec l'eau et rester des heures sous l'orage les mains en l'air, qu'il n'est pas normal d'aimer trainer seule sous la pluie, qu'on ne touche pas à la terre parce que cela tache les robes et qu'il n'est pas en vogue de ne pas être présentable. Il fallait comprendre qu'on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu'on a dans ses poches au mendiant qu'on rencontre, qu'on doit parfois s'arrêter de courir après le bonheur, que courir dans le vent jusqu'à ce qu'on tombe par terre est dangereux. Comprendre que la vie ce n'est pas toujours faire ce que l'on a envie, que l'on ne vit pas de ses désirs et ni au jour le jour. Comprendre qu'on ne hurle pas sans raisons et que pleurer tous les jours est malsain. Comprendre que l'âme soeur est une connerie internationale et que cracher les mots qui nous rapent la bouche ne sert à rien. Comprendre que l'on doit faire parfois semblant d'aller bien devant les gens et que la vie est souvent notre premier ennemi. Comprendre que l'on tombe par terre sans manifester sa douleur et qu'on doit trouver la force de se relever seul. Comprendre que compter sur les autres est un leurre, que notre plus beau trésor sont nos souvenirs et que ceux ci nous appartiennent pour la vie. Comprendre, toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille.Si je deviens vieille. Pas maintenant.
[ Antigone ]